Pascal Smet : Une nouvelle ceinture (FR)

Pascal Smet : Une nouvelle ceinture (FR)

La Petite Ceinture de Bruxelles se met à la Petite Reine. Et c’est une révolution.

Kring : Le projet de mobilité douce autour de la petite ceinture bruxelloise est un projet qui se concrétise ! Félicitations pour cela. Pouvez-vous, en quelques phrases, nous expliquer, topographiquement et dans un esprit de rénovation urbaine et de création d’une « ville nouvelle », ce que cette révolution citadine signifie pour les usagers ?

Pascal Smet : Ce projet est certainement le projet le plus symbolique et le plus fort entrepris ces dernières années en terme de mobilité à Bruxelles car il révolutionne complètement la vision de mobilité et ouvre la porte à un nouveau cap, un nouvel équilibre :  le passage d’une ville pour les voitures à une ville pour les gens. C’est une décision historique pour l’avenir de notre ville. Ce projet d’aménagement cyclable et piéton, c’est au final une véritable révolution pour Bruxelles qui traduit parfaitement le tournant qui s’opère dans les aménagements urbains dans la capitale. Pour la première fois depuis des décennies, un véritable changement s’opère au cœur de notre ville en transformant l’espace symbolique du tout à la voiture, la Petite ceinture, en un espace rééquilibré qui donne la place aux modes de déplacements doux. Grâce à ce projet, l’ensemble de la Petite Ceinture aura d’ici 2020 un tout autre visage.

Kring : Comment en arrive-t-on, dans les bureaux de vos services, à envisager la possibilité d’une rénovation si profonde de l’espace urbain ? En d’autres termes, quel a été l’élément déclencheur d’une telle entreprise ?

Pascal Smet : Tout part d’un constat profond : la Petite Ceinture est un espace d’un autre temps, une autoroute urbaine où l’espace n’est dévolu qu’à un mode de déplacement unique, la voiture. Ce projet met un terme à cette vision du passé « du tout à la voiture » et vise à offrir de nouvelles opportunités aux bruxellois, une nouvelle alternative de mobilité.

Trois objectifs principaux sous-tendent ainsi la conception de ce projet : l’amélioration de la qualité de vie des bruxellois, le rééquilibrage et l’embellissement de l’espace public et enfin l’augmentation des infrastructures cyclables sécurisées. D’autoroute urbaine, la Petite ceinture deviendra un boulevard urbain réaménagé et partagé entre l’ensemble des modes de transports, ce qui permettra d’améliorer la qualité de vie des habitants, la qualité de l’air tout en renforçant la visibilité et la sécurité des piétons et cyclistes. Mais ce projet vise avant tout à répondre à un déficit criant en matière d’infrastructures cyclables et à l’appel des cyclistes bruxellois.  En offrant 12 km de nouvelles pistes cyclables séparées et sécurises aux bruxellois sur l’axe urbain principal de notre capitale, nous espérons ainsi rendre encore plus visible le vélo à Bruxelles, encourager ce mode de déplacement et rendre notre ville plus durable.

Kring : Vous annoncez qu’une place de parking sur cinq va disparaître pour la création du ring cycliste. Comment avez-vous envisage l’effort de pédagogie nécessaire pour faire adhérer la population bruxelloise à un tel changement majeur ? Le site http://petite-ceinture.brussels/fr/index.html s’inscrit-il dans cet effort de communication permanente ?

Pascal Smet : Comme vous l’indiquez, l’aménagement de ces nouveaux espaces cyclables et piétons impliqueront la disparition d’une place de stationnement sur cinq le long de la Petite ceinture.  Soit, 600 places de stationnement sur 2850 places existantes aujourd’hui. Etant donné que les parkings souterrains le long de la petite ceinture sont sous-exploités (environ 4000 places disponibles), ils pourront largement absorbés cette diminution de nombre de places en surface. Evidemment l’objectif visé est qu’à terme la population bruxelloise opère un shift modal et qu’ils passent de la voiture au vélo en se mettant en scelle tout le long de la Petite Ceinture.

Nous travaillons ainsi sur plusieurs fronts pour encourager cette transition. Tout d’abord, en améliorant les infrastructures cyclables car il s’agit du frein principal au développement de la pratique du vélo. Ensuite, nous travaillons avec l’aide de nombreux partenaires à la sensibilisation et à l’apprentissage du vélo en ville grâce, entre autre, à la campagne Bike.experience qui vise à encadrer les cyclistes en devenir. Enfin, il y a tout le volet communication sur les projets qui vise à informer et expliquer aux citoyens les travaux à venir. Le site web www.petite-ceinture.brussels s’inscrit ainsi bel et bien dans ce dernier volet qui est essentiel vis-à-vis des citoyens.

Kring : Vous pointez souvent du doigt l’influence croissante des navetteurs dans les embouteillages à l’entrée de Bruxelles. Comment pensez-vous qu’un ambitieux plan de rénovation urbaine comme celui développé par votre cabinet peut permettre l’allégement de la circulation globale ?

Pascal Smet : Au quotidien, ce sont près de 350.000 navetteurs qui se dirigent matin et soir vers Bruxelles, dont environ la moitié se rend chaque jour individuellement en voiture vers la capitale. Si ces chiffres sont interloquants, ceux-ci sont toutefois compréhensibles au regard du manque d’alternatives et de la politique fiscale actuelle. Les retards successifs liés à la finalisation du réseau RER autour de Bruxelles, les avantages fiscaux en faveur des voitures de société ainsi que les dispositions fiscales attractives liées à la vie en milieu rural sont en effet des facteurs qui contribuent aux problèmes de mobilité dans la capitale.

Envahie quotidiennement par les voitures, Bruxelles est arrivée à un point de saturation. Privilégier l’augmentation de la capacité automobile signifie ainsi plus d’embouteillages, et ne constitue donc pas une solution viable à long terme. Bruxelles doit dès lors encourager ses résidents et visiteurs à faire autant que possible usage de la marche, à se déplacer en vélo et emprunter les transports en commun au lieu de recourir à la voiture individuelle. C’est pourquoi, dans le courant des 9 prochaines années, le Gouvernement bruxellois a décidé d’investir 5,2 milliards dans le développement des transports publics via entre autre l’aménagement d’une nouvelle ligne de métro, le prolongement et la création de lignes de tram, la réforme du réseau bus pour mieux relier les quartiers et l’achat de nouveaux matériels roulants. Le développement des transports publics incitera ainsi les navetteurs à se stationner dans l’une des 10.000 places de stationnement crées dans les nouveaux parkings P&R aux abords des frontières régionales. Afin de garantir l’accessibilité de notre capitale, tous les tunnels seront également rénovés. Nous ferons également en sorte que la voiture partagée devienne une alternative crédible à la voiture individuelle. Et finalement, nous aménageons 80 km de nouvelles pistes cyclables séparées et sécurisées dans toute la ville.

Kring : Dans La Libre du 31 mars, vous déclarez : « On dépense 4 milliards par an pour les voitures de société, il y a les cartes essence. Tous les experts sont d’accord pour dire que c’est une cause des embouteillages.» Et donc, quelles peuvent-être des pistes de réflexion, notamment fiscales, pour engager une politique aussi incitative à l’utilisation du vélo ?

Pascal Smet : Avant toute chose, je suis satisfait de constater que l’ensemble de la classe politique belge, tant fédérale que bruxelloise, réfléchit à des solutions fiscales pour inciter les citoyens à opérer un shift de mobilité. Il est devenu impératif que des décisions politiques et des mesures soient prises pour s’attaquer au système (pro)voitures de société existant, principale source d’embouteillages en Belgique.

Avec ma collègue Céline Frémault à l’Environnement, nous soutenons ainsi l’idée que les entreprises bruxelloises qui offrent une voiture de société devraient également offrir à leurs employés d’autres alternatives de mobilité en leur proposant par exemple un abonnement pour les transports en commun ou un vélo de société. Le travailleur pourrait également bénéficier d’un abonnement Villo!, le service de vélo partagé à Bruxelles. Le projet est actuellement sur la table du gouvernement et est en cours de discussions. Une décision tombera dans les semaines à venir.

L’objectif visé ? Casser le privilège de la voiture comme seul mode de déplacement soutenu par les entreprises  et les pouvoirs publics et, d’autre part, donner davantage de choix au travailleur et ainsi favoriser la mobilité durable.

Photos : DR

petite-ceinture.brussels