L'esprit CyCLO

L'esprit CyCLO

L’ASBL CyCLO est un nom bien connu des cyclistes bruxellois, tant il est associé à la promotion de la culture vélo. Depuis 2003, l’association répare, emploie et étudie. Retour sur l’année 2017 et sur l’esprit CyCLO.

Kring :  Pour ceux de nos lecteurs qui ne connaitraient pas encore CyCLO, pourriez-vous nous en expliquer la naissance et la mission en quelques lignes ?

CyCLO est né en 2003. A l’époque, le vélo était loin d’être populaire. Depuis sa création, la mission principale de CyCLO est de promouvoir l’utilisation du vélo à Bruxelles, principalement via la technique vélo. En 2017, 58 personnes travaillent pour CyCLO depuis 8 ateliers répartis dans la ville, et plus de 17 000 réparations vélos ont été effectuées.

CyCLO vend également des vélos de seconde main, loue différents types de vélos, gère des parkings vélo sécurisés, donne des cours du soir, propose des ateliers DIY, offre des services aux écoles et aux entreprises publiques… Tout un éventail de services concrets pour tous les cyclistes urbains, que nous exécutons avec l’ « esprit CyCLO », une culture vélo un peu particulière. Nous combinons la promotion de la mobilité vélo avec la réutilisation (l’économie circulaire), l’inclusivité, l’accessibilité, et la mise à l’emploi.

 

Kring :  Quelle est, selon vous, l’importance du travail social que vous promouvez via l’ASBL ? Afin que plus d’entreprises passent le pas, quelle en est la plus-value ?

Dans une Capitale qui affiche un taux de chômage de 16,5%, l’économie sociale offre des perspectives d’emploi aux personnes en marge du marché du travail, tout en proposant des services qui bénéficient à la communauté. L’idée est de faire primer les personnes et le travail sur le capital et le profit.

Au même titre que la mécanique vélo, l’économie sociale a toujours fait partie intégrante de l’identité CyCLO. Avec le projet d’insertion socio-professionnelle DyNAMO, CyCLO offre aux Bruxellois en marge du marché de l’emploi une expérience professionnelle destinée à accroître leurs compétences. L’économie sociale apporte une dimension supplémentaire au travail de CyCLO. Nous œuvrons ainsi au carrefour de 3 grands défis : la mobilité, l’environnement, et l’emploi. Tous ces aspects se complètent parfaitement, car le travail de mécanicien vélo est indispensable dans une ville qui privilégie les modes de déplacements durables.

 

Kring :   A l’approche de la fin d’année, l’heure du bilan approche. Votre bilan 2016 notait déjà une forte augmentation des cyclistes aidés par CyCLO ; vous aviez réparé plus de 17000 vélos. 2017 était une bonne année pour CyCLO ?  

En 2017, le nombre de cyclistes a sensiblement augmenté à Bruxelles, et l’image du vélo est devenue de plus en plus positive auprès de différents publics. C’était donc une très bonne année pour CyCLO, dont la mission est de promouvoir le vélo et le rendre accessible à tous.

Depuis nos huit ateliers répartis dans la ville, nous avons ressenti cette augmentation de cyclistes. C’était très encourageant pour nos mécaniciens, tout en représentant une forte charge de travail. Cette année était l’occasion pour nous de réfléchir au rôle que CyCLO veut jouer dans une Capitale de plus en plus « cyclable » : nous voulons évoluer avec la ville, pour que nos services continuent d’apporter une réelle plus-value à la mobilité bruxelloise.

 

Kring :  Vous avez un point de vue particulier sur la mobilité en région bruxelloise. Vous avez assuré la gestion des box à vélo, notamment. Quels sont les chantiers à venir pour CyCLO en 2018 et après ?

Le projet CycloParking continue de grandir. La plate-forme cycloparking.org compte actuellement plus de 800 inscrits, et des boxes sont ajoutés régulièrement par les communes participantes. Pour le reste, CyCLO va continuer à développer ses services existants en cherchant sans cesse à les améliorer, et réfléchir à de nouveaux projets en restant attentif aux besoins des (néo)cyclistes bruxellois.

Un des défis de 2018 concernera sans doute l’offre de vélos de seconde main de qualité. Nous organisons 3 bourses par an, où il est possible d’acheter ou de revendre son vieux vélo à un prix équitable. Les bourses ont de plus en plus de succès au fil des éditions, ce qui se traduit par des files interminables devant l’atelier, devenu trop étroit. Nous pensons maintenant qu’il est temps de renouveler ce concept pour toucher davantage de personnes et ce de façon plus efficace.

 

Kring : Dans la même optique, quels sont les grands chantiers, qu’ils soient pédagogiques ou infrastructurels, qui permettraient de faire de Bruxelles une ville adaptée au cyclisme quotidien ?

Si les infrastructures cyclables se sont considérablement développées ces dernières années, beaucoup d’efforts sont encore à faire, notamment en ce qui concerne les pistes cyclables séparées du trafic. D’autre part, la qualité de l’air reste catastrophique à Bruxelles, et des mesures fortes doivent être prises par les gouvernements régionaux pour favoriser la mobilité durable et faire reculer l’usage de la voiture.

A son niveau, CyCLO veut sensibiliser les bruxellois à acheter des vélos de qualité, qui peuvent être entretenus facilement, et qui ne finissent pas à la poubelle après quelques mois d’utilisation. C’est un défi pédagogique qui occupe chacun de nos mécaniciens en contact avec la clientèle dans les ateliers. Un vélo est un bien durable, son usage est bon pour l’environnement, pour peu que l’on privilégie la qualité et l’économie circulaire lors de l’achat de celui-ci.

 

Kring :  L’un des grands obstacles à la pratique du vélo réside dans le problème du vol à Bruxelles. Comme nous les mentionnions, les box sont une solution via la plateforme cycloparking.org. D’autres pistes pour réduire l’impact de ce problème sur la propension des bruxellois à se mettre en selle ?

Les boxes sont une bonne solution pour les personnes qui ont investi dans un vélo mais n’ont pas la possibilité de le garer chez elles. Ce n’est cependant pas une solution qui pourra être étendue à la totalité des habitants de Bruxelles, même si à terme, CycloParking voudrait encourager la mise à disposition d’espaces sécurisés privés, en suivant le principe de l’économie de partage.

Il faut du reste continuer à sensibiliser aux risques de vol, à l’importance d’acquérir un solide cadenas en U et à l’attacher systématiquement et correctement à son vélo (cadre, roue avant) ; et bien sûr, à l’importance de prendre le temps de porter plainte à la police en cas de vol. C’est cela qui permettra d’alimenter les statistiques, et donc de faire prendre conscience aux autorités de l’ampleur du fléau. C’est une première étape vers un renforcement des politiques antivol.

 

Kring :  L’année dernière, vous présentiez le travail de Samuel Droeshaut, sorbetier à vélo. Les initiatives individuelles d’entrepreneurs à vélo se multiplient. Comment pensez-vous que la pratique du vélo peut influencer l’entreprenariat en région bruxelloise ?

Enormément d’entrepreneurs se lancent en effet à vélo à Bruxelles. Beaucoup de « food bikes », les infirmières de « Wheel Of Care », un cyclo-serrurier, un électricien, un vétérinaire…  Sans oublier les nombreuses et plus ou moins éthiques entreprises de livraison à vélo. Intégrer le vélo à leur activité est un avantage économique mais aussi communicationnel, qui leur permet de se démarquer de la concurrence.

Au niveau de l’économie locale, l’usage du vélo a des répercussions très positives. Une étude américaine intitulée « Bikenomics » mettait en évidence le fait qu’un cycliste ne doit pas payer de voiture, ni de carburant, ni de stationnement. Cela augmente considérablement son revenu disponible, et donc son pouvoir d’achat. Comme il se déplace à vélo, il dépensera cet argent dans des commerces locaux et centraux. Davantage de vélos signifient donc la redynamisation économique des centres, une urgence à l’heure où de plus en plus de méga centres commerciaux s’installent en périphérie des villes.