Ahooga : Le Belge se plie en quatre (FR)

Ahooga : Le Belge se plie en quatre (FR)

La Belgique est terre de création et d’innovation. Et son histoire d’amour avec le cyclisme est prépondérante. D’où, naturellement, Ahooga. Rencontre avec Philippe Lefrancq, l’un des deux créateurs du vélo pliant pensé à Bruxelles.

Kring : Pouvez-vous, en quelques mots, nous présenter la marque Ahooga, son origine, sa philosophie et votre parcours, en tant que co-créateurs ?

 

Ahooga, c’est tout d’abord l’histoire d’une rencontre, celle de Fred (Frederic Mertens) et moi-même (Philippe Lefrancq). À l’aube de la « midlife crisis », nous travaillions tous les deux dans le secteur bancaire, dans la même société, et nous savions tous les deux, au travers de certains échanges (autour de la machine à café), que nous étions en quête de plus de sens dans notre quotidien.

Nous sentions que notre ville était malheureuse. Ne vous méprenez pas, Bruxelles est une ville vivante et très agréable à bien des égards. Néanmoins, comme dans la plupart des grandes métropoles européennes, un grand travail est encore à fournir afin d’en améliorer la mobilité.

Inspirés par des villes comme Copenhague ou encore les travaux de certains urbanistes, nous étions convaincus que le secret des villes les plus heureuses réside dans des déplacements agréables.

L’aventure commence alors en 2015 en décidant d’apporter sur le marché un vélo unique, encore jamais vu, qui rassemble les qualités qui donnent envie de l’enfourcher au quotidien. Pour des villes et des vies meilleures. La philosophie, la mission du projet, avant même celle de concevoir un vélo, c’est de travailler pour des villes plus heureuses.

Quant au nom, Ahooga, et bien c’est une onomatopée. C’est le son du klaxon de certaines voitures dans les années 1920. Un jalon parmi tant d’autres dans l’histoire de la mobilité. Ce son a été adopté par l’industrie du film comme un effet sonore symbolisant l’étonnement et l’excitation, entre autres émotions. Vous vous souvenez des dessins animés Tex Avery par exemple ? Le loup qui devenait fou à la vue de cette jolie danseuse ? (sourire)

Kring : Quelles sont les spécificités, tant techniques que de design, d’un vélo Ahooga ?

Ahooga : Alors que le vélo résous un bon nombre de problématiques (trafic, parking, bien être, pollution, économie), force est de constater qu’il reste un grand nombre de personnes qui n’ont pas franchi le pas. Les motifs que l’on entend fréquemment, du moins à Bruxelles, sont le relief, la transpiration, les longues distances, le vol, les intempéries. Tous ces motifs ont servi le cahier des charges du Ahooga. En d’autres termes, nous avons essayé d’invalider les prétextes que les gens utilisent pour ne pas utiliser le vélo comme moyen de transport principal et tentons d’amener des non cyclistes vers le vélo. Car en effet, avec ses attributs, le Ahooga répond à la préoccupation de la fatigue (outre l’assistance électrique qui réduit considérablement l’effort, il permet l’intermodalité – trajet aller à vélo, trajet retour en métro par exemple), du vol (car il peut être rangé à l’intérieur, à l’abri des personnes mal intentionnées). Quant aux intempéries, elles sont solutionnées par des accessoires innovants (bouclier ou capes élégantes), mais aussi la possibilité d’intermodalité (train / vélo).

Qu’a-t-il d’unique ? Il rassemble 4 caractéristiques jamais réunies auparavant : pliant, confortable, électrique, ultra-léger.

Les vélos pliants ont pour habitude d’être lourds, petits et peu rigides car dotés d’une charnière en leur coeur. Cela donne alors l’impression de rouler sur un jouet très instable. Avec le Ahooga, tout en lui donnant les avantages de compacité et de portabilité d’un pliant, nous lui avons donné les attributs des vélos plus grands en termes de confort, empattement, stabilité et rigidité car son cadre est triangulaire, sans charnières.

Côté électrique, la tendance actuelle dans l’industrie est de fabriquer des vélos avec des moteurs et des batteries de plus en plus gros et lourds. Selon nous, c’est le chien qui se mord la queue, car plus le vélo est lourd, plus vous êtes dépendants de l’assistance électrique pour le mouvoir agréablement.

Nous avons pris la route diamétralement opposée en concevant un excellent vélo pliant avant de concevoir un excellent vélo pliant électrique. Nous lui avons donné l’assistance la plus légère de la planète (mais toutefois puissante afin d’aplanir tous les reliefs et d’éliminer la transpiration), afin qu’il soit tout aussi agréable à mouvoir avec ou sans assistance électrique. Avec 13kg, moteur et batterie incluse, on parle d’un vélo hybride et d’autonomie « étirable ». C’est ce qui nous distingue de la concurrence.

Kring : Comment estimez-vous qu’Ahooga peut se démarquer de la concurrence d’une marque établie comme Brompton, qui truste les classements de vente de vélos pliants ?

Ahooga : Nos projets sont différents. Alors que Brompton vise la compacité, nous visons l’expérience de conduite unique.

Nous avons bien évidemment d’autres traits bien à nous. Par exemple, la disponibilité en 215 coloris. Vous pouvez en réalité doubler ce chiffre car chaque coloris est disponible en finition mate ou brillante (sourire). Ceci est unique au monde. Nous le faisons dans un soucis d’extrême personnalisation, car nous pensons que, à l’instar des vêtements, votre vélo est l’extension de votre personnalité et devrait par conséquent vous ressembler. De plus, avec ceci, nous sommes en ligne avec notre projet de villes heureuses car nous mettons de la couleur et de la joie dans les rues.

Un autre aspect important à souligner est notre écosystème. Nous ne voulons pas emprisonner nos clients dans un écosystème fermé, où le choix des composants est limité et le prix généralement plus élevé. Nous avons donc fait le choix d’un écosystème ouvert aux possibilités infinies en termes de personnalisation mais aussi d’autonomie d’entretien lorsque vous changez de pays ou de région par exemple.

Mais le tableau ne serait pas complet sans ce qui suit. Nous voulions produire un vélo – qui n’existait pas jusqu’alors – abordable au plus grand nombre. Nous avons donc opté pour une stratégie de « Best Value for Money » ; un réel défi pour des vélos conçus à Bruxelles et fabriqués en Europe, vous vous en doutez.

Tous ces principes fondamentaux caractérisent notre ADN et nous distinguent des autres vélos ; ces principes qui nous sont chers furent autant de difficultés supplémentaires durant la mise en œuvre du projet.

 

Kring : Quel regard portez-vous, dans cette époque économique fragile, sur ce pari de création d’une entreprise ambitieuse, qui plus est dans le marché très concurrentiel du vélo ?

Ahooga : La recherche de sens de nos professions était plus forte que la crainte de la concurrence ou d’une économie fragile. Et vous dire que nous sommes sereins et confiants serait vous mentir, car en effet, l’industrie est dure et concurrentielle. Toutefois, nous pensons que nous devons être les acteurs de cette économie plutôt que de la subir. Et c’est précisément ce qui motive notre projet bruxellois, et notre rêve de rapatrier un jour la totalité de la production en Belgique.

Kring : Vous êtes une entreprise belge, présentée et promue comme telle. Quelle est la place de la Belgique dans le monde, et l’imaginaire, du cyclisme ?

Ahooga : … Un trait fort de la Belgique est sa multiculturalité qui s’exprime depuis des années et de façon riche et brillante dans de nombreuses disciplines comme le cinéma, la musique, la cuisine, le sport bien entendu… Il est certain que cette richesse est reconnue au-delà de nos frontières. Nous posons souvent la question lorsque nous entamons une campagne dans un nouveau pays : est-ce que l’aspect « c’est du belge » doit rester en avant ou passe après les spécificités techniques du vélo ? La réponse est souvent favorable.

Je me souviens d’un Bike Show à l’étranger. Un visiteur, après avoir traversé notre stand, m’apostrophe : « d’où venez-vous ? ». Je lui réponds : « de Bruxelles,  Belgique ». Sa réaction fut : « On doit faire de sacrés bons vélos en Belgique »… (sourire)

Pensez-vous que Bruxelles ait choisi la bonne direction d’urbanisation ? Je pense notamment aux efforts entrepris pour la promotion d’une mobilité douce…

Je dissocie toujours deux aspects, deux problématiques : l’infrastructure, avec une inertie lente, et les mentalités – qui elles, peuvent bouger rapidement (ou pas d’ailleurs) et déjà faire la différence. Il est clair que Bruxelles accuse un retard vis-à-vis d’autres villes européennes en termes d’infrastructure.

Par contre, nous avons le sentiment qu’un changement de mentalité s’accélère ces dernières années, sans doute motivé par la situation catastrophique de Bruxelles et le cas des tunnels. Le pack mobilité imposé comme alternative à la voiture de société par le gouvernement bruxellois en est un exemple récent.

Kring : Pour revenir à Ahooga, quels sont les marchés sur lesquels vous êtes présents ? Avez-vous une forte ambition internationale ?

Ahooga : Si on fait le point sur le projet, Ahooga, c’est aujourd’hui plus de 800 vélos qui circulent dans les rues d’Europe, et autant d’utilisateurs heureux. Le projet est désormais soutenu par un réseau de plus de 50 revendeurs qualifiés dans 10 pays européens (Belgique, Pays-Bas, Luxembourg, Italie, Espagne, Suisse, France, Allemagne, Finlande, Royaume-Uni).

En mars 2017, nous dévoilions à Berlin (au cours du très prestigieux Berliner Fahrradschau) les nouvelles évolutions techniques du vélo dont une version freins à disques et une nouvelle batterie de même format ajoutant 25 km d’autonomie à la gamme standard. Ce fut également l’occasion d’être reconnu parmi les 8 vélos les plus innovants de l’événement.

En avril dernier, nous nous sommes associés à Sminno (société allemande) afin de créer « The Internet Of Bikes ». L’objectif de cette collaboration est d’offrir une solution de mobilité complète, connectée, pratique, fun et sécurisante aux cyclistes d’aujourd’hui, qui combine efficacement vélo et utilisation d’un smartphone.

Plus récemment encore, le très strict et fameux magazine allemand ElektroRad nous a délivré une magnifique critique concluant par ces mots : Le vélo que les navetteurs attendaient. Un concept urbain très réussi.

D’autres collaborations seront annoncées prochainement, en plus de Ribcap (qui conçoit des casquettes et bonnets de protection élégants) et Fahrer (concepteur de sacs et sacoches pour vélo, élégants également).

Nous nous définissons donc très clairement comme un projet international et comptons poursuivre l’expansion géographique, sans trahir nos principes fondamentaux.

 

kring :  parlant d’ambition, pour clôturer cet entretien, quels sont les plans pour Ahooga dans les années à venir ? Pour résumer, où en sera Ahooga, dans l’absolu et pour le mieux, dans cinq ans ?

Ahooga : S’il faut rêver ? Nous espérons être une référence dans toute l’Europe.

Nous espérons aussi pouvoir rapatrier la totalité de la production en Belgique, et ouvrir des Ahooga Houses dans plusieurs villes européennes peut être plus « malheureuses » que d’autres. Mais ca, c’est s’il faut rêver (sourire).

Photo : Hans Warreyn

ahooga.bike